La nature et son univers fonctionnent de
façon bien étrange et, ma foi, des plus agréables. Il est malheureux que nous
nous en soyons tellement détachés, notre mère terre peut tellement nous
enseigner.
Ses leçons peuvent parfois arriver brutalement,
mais en bonne compagnie et en bon état d'esprit, elles sont d'une pureté et
d'une utilité à toute épreuve pour celui qui sait s'y ouvrir malgré leurs ambigüités.
Tout passe par les sens. D'abord le sentiment central de l'être; tout est lourd
et une certaine fatigue blasée nous épuise sans qu'on puisse l'expliquer. C'est
lorsque la fatigue semble s'évaporer que tout s'intensifie, plus
particulièrement le visuel. C'est comme si l'énergie volée par cette fatigue
soudaine c'était accumulé avant d'implosée et de se relâcher dans nos autres
sens. Tout devient très clair et très brillant. Le vent nous chatouille
beaucoup plus profondément. Les rires de ceux qui nous entourent sont des plus
cristallins.
Après quelques pas, le sol de terre
devient un pont métallique, usé, mais solide, dont les balustrades servent
aisément de banc faisant face à la rivière. En un regard, un simple paysage
devient la plus belle œuvre jamais peinturée, dessinée, imaginée; l'eau qui
s'écoule sous le pont se bousculant jusqu'à la prochaine courbe est peinturée à
l'aquarelle reflétant tous les tons de bleu possible; les arbres des rives semblent
avoir été recréés grâce à une multitude
de crayons de bois et des instruments de mesure; le soleil qui donne l'impression
d'avoir été un rayon d'inspiration dans une boite de pastels. L'ensemble est
d'une telle harmonie, d'une telle simplicité parfaite que des larmes se mettent
à rouler alors qu'un rire éclate, un rire de liberté, d'incompréhension, et
d'euphorie niaise. Et peu à peu, les gens présents commencent à s'effacer. Pas
littéralement, ils semblent seulement si inintéressants face à la beauté cachée
de notre monde qui est toujours là à nous envelopper. Il faut prendre le temps
de s'arrêter et d'apprécier. Tout. Assis au milieu d'une clairière, entre deux
ponts de métal, et qui nous isole de monde, de la ville, de la civilisation
barbare, c'est là que à lui la première collision. Celle de la conscience avec
la sous-couche, la partie sous la pelure du "réel", le fracas d'une
fausse réalité heurtée à une autre plus précise,
mais difficilement atteignable. L'herbe qui nous soutient se met à danser et
chanter imperceptiblement avant de déclencher
une nouvelle collision qui mène à une couche de conscience encore plus loin et
plus profonde. C'est alors un royaume qui se découvre, où chaque individu brin
d'herbe contribue avec bonne humeur et discipline s'applique à créer une nuée
de figures élaborées qui se répètent toujours avec la même exactitude alors que
le peuple vacille légèrement de gauche à droite. Il parle, communique, et son
rire se joint au premier alors que la terre dans laquelle il a encré ses
racines respire, sereine. C'est là que le sentiment d'harmonie et de bien-être
est à son apogée. Tout ça dure encore longtemps, des heures d'exploration, de
rire, d'analyse, de fascination et de confusion
face à ce nouveau monde vivace qui se fait ignorer. Tout existe de façon
plus juste, plus claire, plus pure. Le vent est visible, mais pas pour les
yeux. Les anxiétés sont identifiables et observables en 3e personne. Chaque
ligne de vie semble définie. Et chaque interaction semblent forcée, comme s’il
fallait d'éloigner de notre centre de vérité pour communiqué. Logiquement,
donc, il faut éviter les interactions humaines. Et puis les étages commencent à
défilés de plus en plus, jusqu'à aller plus loin dans le ciel, plus profondément
dans notre être tout entier.
Blank.
Le soir est tombé. Maintenant, marcher
parait être plus naturel et doux. L'esprit est toujours très loin, et rebondit
d'une réalité à l'autre, comme une balle de caoutchouc lancé à plein régime
dans une salle sphérique et il devient difficile d'essayer de reprendre
contrôle. Mais comme toute bonne chose à une fin, la réalité commence à s'estomper
et la balle revient plus près du centre de la salle. Alors que la conscience
revient, la seule personne restante apparait, comme une bouée de sauvetage au
centre d'une mer chaotique, un rayon de soleil dans un ciel orageux, une
étincelle d'amour dans un cœur sombre. Parce que si une chose est restée de ce
voyage époustouflant, c'est cet amour inconditionnel qui tournoie constamment d'un
être à l'autre, plante ou animal. Et la bouée nous ramène à bon port.
Cette aventure est l'une des plus
belles, des plus marquantes, des plus éducatives, et des plus déboussolante. Parce
qu'après, les interactions semblent si fausses, si forcées, qu'elles déstabilisent
complètement et donnent envie d'aller se cacher dans un terrier avec des
lapins. La vie change légèrement. En fait elle ne change pas, c'est la perception
qui a été renversée. Et elle est beaucoup mieux ainsi. Le bonheur est plus
réel, et les soucis plus anodins.










